FURIEUSE EN VIE

Résidence de recherche EN ARCHITECTURE

LA RECULÉE DE SALINS-LES-BAINS

Dans la continuité de son engagement contre la démolition de bâtiments, la Maison de l’Architecture de Franche-Comté désire valoriser le patrimoine vulnérable de notre territoire.
Point d’ancrage et de départ pour une immersion de Pont d’Héry à la Chapelle-sur-Furieuse, aire d’attraction d’un peu moins de 50 000 habitants, la cité de Salins-les-Bains se niche au creux d’une reculée formée par la rivière à l’ombre du Mont Poupet, point culminant du Jura. Ce site permet à la fois de prendre en compte le patrimoine habité (constructions privées et publiques) et travaillé (activités artisanales) et également son paysage, son environnement parfois oublié.
Qu’est qu’un patrimoine fragile ?
Comment révéler la qualité du cadre bâti, celle du cadre de vie ?
À partir de ces questionnements, la résidence propose de relever avec les habitants de la vallée de la Furieuse notre rapport aux lieux, au paysage, et d’en dessiner toutes les singularités architecturales.
Les objectifs, à travers le récit, l’illustration et les transmissions, sont de mettre en évidence le patrimoine du quotidien inscrit dans le grand paysage, de réenchanter le déjà-là, de rénover les pratiques et usages, et de réfléchir ensemble à la durabilité, à l’habitabilité du territoire.

Atlas des absences, une géographie fantôme

Ce qui n’est plus, ce qui n’est pas encore
Un territoire n’est pas seulement habité par ce qui est là. Certains lieux, usages ou bâtiments ont disparu, mais continuent d’exister dans une habitude, un souvenir, une forme bâtie ou une histoire racontée. D’autres choses ne sont pas encore là, mais sont déjà présentes sous la forme d’un désir, d’une crainte ou d’une possibilité. Entre les deux se trouve le territoire que nous habitons : un présent traversé simultanément par ce qui n’est plus et par ce qui n’est pas encore.
C’est à partir de cette relation au temps que je souhaite parcourir la vallée de la Furieuse, de Pont-d’Héry à La Chapelle-sur-Furieuse, en prenant Salins-les-Bains comme point d’ancrage. Comment représenter ce qui n’est plus visible ? Comment donner une forme à ce qui n’existe pas encore ? Et comment ces absences participent- elles pourtant à notre manière d’habiter un lieu aujourd’hui ?
Cette interrogation rejoint la notion d’hantologie : l’idée que le présent n’est jamais entièrement contemporain de lui-même, mais demeure habité par des passés qui ne disparaissent pas tout à fait et par des futurs qui se font déjà sentir avant d’advenir. Je souhaite toutefois déplacer cette réflexion du champ théorique vers une expérience concrète du territoire : marcher, regarder, dessiner et écouter.
Le dessin sera l’outil principal de cette enquête. Là où la photographie saisit principalement ce qui est présent devant nous, le dessin permet de faire apparaître l’absence. Il peut superposer à une rue actuelle la trace d’un bâtiment disparu, retrouver dans un atelier les gestes d’un métier oublié, ou accueillir dans un espace vacant une présence qui n’existe pas encore.
La résidence donnera ainsi progressivement naissance à un Atlas des absences, une cartographie sensible et collective de la vallée organisée autour de deux figures temporelles :
NO LONGER — ce qui n’est plus là, mais continue de hanter le lieu.
NOT YET — ce qui n’est pas encore là, mais dont la possibilité, le désir ou la crainte agit déjà sur le présent.
Il ne s’agira ni d’établir un inventaire patrimonial exhaustif, ni de proposer un projet d’aménagement. L’Atlas cherchera plutôt à révéler une autre épaisseur du territoire : celle des lieux ordinaires, des transformations silencieuses, des récits fragmentaires et des futurs imaginés.

Dessiner les absences
L’Atlas ne sera pas défini à l’avance. Ses lieux et ses figures devront émerger progressivement de la rencontre avec la vallée et avec celles et ceux qui l’habitent. La première méthode sera donc volontairement simple : arpenter et s’arrêter.
Marcher le long de la Furieuse, parcourir les communes, entrer dans les commerces et les ateliers, observer les transformations du bâti, dessiner sur place. Le temps du dessin m’intéresse particulièrement : rester vingt ou trente minutes devant une maison, un mur, un jardin ou une ancienne activité crée une situation différente de la prise de vue immédiate. Dessiner impose de regarder longtemps ; cette présence prolongée devient également visible et peut provoquer une rencontre.
Les conversations partiront de questions accessibles :
Qu’est-ce qui a disparu ici ? Quel lieu a le plus changé ? Qu’est-ce qui vous manque ? Qu’est-ce que personne ne regarde plus ? Qu’avez-vous peur de voir disparaître ? Qu’aimeriez-vous voir apparaître ici ?
Une réponse pourra conduire à un autre lieu, puis à une autre personne. L’enquête se construira ainsi par ramifications plutôt que selon un parcours prédéfini. À partir de cette collecte, certains lieux feront l’objet de diptyques dessinés.

NO LONGER
Le premier dessin cherchera la trace de ce qui n’est plus là. Il pourra s’appuyer sur des souvenirs, des photographies familiales, des cartes postales, des archives, des plans ou simplement sur la forme actuelle d’un bâtiment. Il ne s’agira pas de produire une reconstitution historique exacte, mais de représenter la manière dont une absence demeure perceptible aujourd’hui : une silhouette, une ombre, une limite, un ancien usage qui continue de conditionner l’espace.

NOT YET
Le second dessin accueillera une présence potentielle. Elle pourra venir d’un désir exprimé par un habitant, d’un usage imaginé par un enfant, d’une activité qui cherche à se transmettre, mais aussi d’une transformation redoutée. Cette apparition ne prendra pas la forme d’un projet architectural à construire. Elle restera volontairement ambiguë : entre architecture, paysage, personnage et fiction.

Le dessin permettra ainsi de rendre visible un futur qui n’existe pas encore sans prétendre le déterminer. Entre NO LONGER et NOT YET, le lieu tel qu’il existe aujourd’hui devient l’espace d’une tension : entre mémoire et oubli, perte et possibilité, attachement et transformation.

 

HUGO HAORAN HU

Né en 1995 à Kunming (Chine), Hugo Haoran Hu est lauréat de l’appel à candidature. Formé entre l’École nationale supérieure des Arts décoratifs, à l’Université technique d’Eindhoven, Hugo est architecte diplômé et fondateur de Sihu Lab.  

À la croisé de l’architecture, du dessin et de la recherche, sa pratique explore les relations entre lieux, récits, mémoires et imaginaires. Le dessin l’accompagne depuis toujours comme un outil d’observation et de narration, allant du carnet et de l’illustration au collage et à la bande dessinée.

Son parcours professionnel entre France, Italie, Pays-Bas et Chine l’a notamment conduit à travailler pendant deux ans au studio Fuksas à Rome et lui a permis de développer un regard transversal sur différentes manières de concevoir, transformer et habiter les territoires. En parallèle, il développe une recherche personnelle sur les conditions contemporaines de l’architecture et sur les relations entre espace, temps et mémoire. Ses projets ont été distingués, notamment par le Prix ENAH 2025, exposé à la Biennale de Venise, et une mention spécial à Europan 18.

   

CONDITIONS D'ACCUEIL

Un espace de travail mis à disposition du lauréat par la Maison de l’Architecture. L’architecte est autonome dans ses déplacements et en frais de restauration.

Le lauréat est hébergé dans un logement équipé – un hôtel particulier du XVIIIe – et travaille pour organiser ses rendez-vous, ses repérages à domicile. Il a la possibilité d’organiser des rencontres publiques dans une salle mise à disposition par la Ville de Salins-les-Bains.

Pour mener à bien sa mission, le lauréat bénéficie de :
• Une indemnité globale d’un montant de 48 jours x 150€ soient 7200 euros TTC (versée en 3 temps, au début, au milieu et à la fin de résidence) sur facture ou note d’honoraires.
• Un budget de production d’un montant limité à 2880 euros TTC (sur justificatifs) alloué à la conception et la réalisation des outils et supports de restitution dans le cadre exclusif de la résidence.

Une convention spécifiant les engagements respectifs de l’architecte accueilli.e et de la Maison de l’Architecture de Franche-Comté est à signer au commencement de la résidence.

CALENDRIER

• Résidence de 8 semaines du 8 octobre au 4 décembre 2026 
• Soirée du Lustre de la compagnie Les Urbaindigènes avec un invité surprise ! le 7 novembre 2026

partenaires

Partenaires financiers :
• Réseau des maisons de l’architecture (Ministère de la Culture, Caisse des dépôts, Conseil national de l’Ordre des architectes)
• Direction régionale des Affaires culturelles de Bourgogne Franche-Comté
• Région Bourgogne Franche-Comté
• Conseil régional de l’Ordre des architectes Bourgogne Franche-Comté

Partenaires opérationnels :
• Ville de Salins-les-Bains
• Compagnie Les Urbaindigènes
• CAUE du Jura

Pour tout besoin d’information, contacter la Maison de l’Architecture de Franche-Comté