Atlas des absences, une géographie fantôme

Lauréat de l’appel à candidature pour la résidence de recherche en architecture Furieuse en vie, Hugo Haoran Hu est accueilli pendant 8 semaines à Salins-les-Bains, point d’ancrage et de départ pour une immersion de Pont d’Héry à la Chapelle-sur-Furieuse, un temps au cours duquel il construira avec les habitants une mythologie contemporaine de la Furieuse, où le dessin fait apparaître les fantômes du territoire — ce qui n’est plus et ce qui n’est pas encore — afin de rendre visibles ses histoires, ses imaginaires et ses patrimoines fragiles.

Né en 1995 à Kunming en Chine, Hugo Haoran Hu est architecte diplômé et fondateur de Sihu Lab, formé entre l’École nationale supérieure des Arts décoratifs, à l’Université technique d’Eindhoven. Sa pratique, à la croisé de l’architecture, du dessin et de la recherche, explore les relations entre lieux, récits, mémoires et imaginaires. Le dessin l’accompagne depuis toujours comme un outil d’observation et de narration, allant du carnet et de l’illustration au collage et à la bande dessinée.

Aux questions « Qu’est qu’un patrimoine fragile ? Comment révéler la qualité du cadre bâti, celle du cadre de vie ? », Hugo Hu répond qu’un patrimoine n’est pas seulement fragile lorsque sa matière disparaît, mais aussi lorsque les histoires, les usages et les imaginaires qui l’habitent cessent d’être transmis. Construire une mythologie contemporaine, c’est alors faire réapparaître ces fantômes et créer un système narratif ouvert — un support commun sur lequel les histoires du territoire peuvent continuer à se développer, se transformer et en faire naître de nouvelles. Faire vivre le patrimoine, ce n’est donc pas seulement conserver ce qui existe, mais lui permettre de continuer à produire du récit et des possibles.

Comment représenter ce qui n’est plus visible ?
Comment donner une forme à ce qui n’existe pas encore ?
Et comment ces absences participent- elles pourtant à notre manière d’habiter un lieu aujourd’hui ?

Ces interrogations rejoignent la notion d’hantologie : l’idée que le présent n’est jamais entièrement contemporain de lui-même, mais demeure habité par des passés qui ne disparaissent pas tout à fait et par des futurs qui se font déjà sentir avant d’advenir. Hugo Hu entend déplacer cette réflexion du champ théorique vers une expérience concrète du territoire : marcher, regarder, dessiner et écouter.

Là où la photographie saisit principalement ce qui est présent devant nous, le dessin permet de faire apparaître l’absence. Il peut superposer à une rue actuelle la trace d’un bâtiment disparu, retrouver dans un atelier les gestes d’un métier oublié, ou accueillir dans un espace vacant une présence qui n’existe pas encore.

La résidence donnera ainsi progressivement naissance à un Atlas des absences, une cartographie sensible et collective de la vallée organisée autour de deux figures temporelles :
NO LONGER — ce qui n’est plus là, mais continue de hanter le lieu.
NOT YET — ce qui n’est pas encore là, mais dont la possibilité, le désir ou la crainte agit déjà sur le présent.
Il ne s’agira ni d’établir un inventaire patrimonial exhaustif, ni de proposer un projet d’aménagement. L’Atlas cherchera plutôt à révéler une autre épaisseur du territoire : celle des lieux ordinaires, des transformations silencieuses, des récits fragmentaires et des futurs imaginés.

Entre France, Italie, Pays-Bas et Chine, le parcours professionnel de Hugo Hu l’a notamment conduit à travailler pendant deux ans au studio Fuksas à Rome et lui a permis de développer un regard transversal sur différentes manières de concevoir, transformer et habiter les territoires. En parallèle, il développe une recherche personnelle sur les conditions contemporaines de l’architecture et sur les relations entre espace, temps et mémoire. Ses projets ont été distingués, notamment par le Prix ENAH 2025, exposé à la Biennale de Venise, et une mention spécial à Europan 18.

Crédit photo : Audrey Tissot