Living Lab

Résidence d'architecture | Living lab CARAVANE, Palente Besançon
Du 30 mai au 30 juin

La Maison de l’Architecture de Franche-Comté porte en 2023 la résidence d’architecture Living Lab CARAVANE, dans le quartier de Palente à Besançon, dont elle assure le pilotage et la coordination générale. Elle mobilise sa connaissance du territoire, son réseau de partenaires et l’associe à la démarche. La Maison de l’Architecture de Franche-Comté accueille et accompagne les lauréats, apportant son soutien, son expertise et son savoir-faire tout au long du projet, de l’appel à candidature jusqu’à la restitution. La Maison de l’Architecture de Franche-Comté a porté, avec le soutien du Réseau des Maisons de l’Architecture, en 2019 la résidence d’architecture L’office de l’utopie à Montbozon et en 2022 la résidence L’usage du sol sur la campus de la Bouloie à Besançon.

Une résidence d’architecture est un projet culturel qui crée les conditions d’une expérimentation, d’une démarche collaborative et créative, sur un territoire et dans un contexte donné, avec un architecte mandataire et un professionnel, des élus, des habitants, des acteurs locaux.

Retenus à l’issue d’un appel à candidature suivi d’un jury, les lauréats sont accueillis en immersion. Ils habitent et travaillent sur place.

Il ne s’agit pas de concevoir un projet construit, mais plutôt de réfléchir, d’expérimenter en partageant des moments d’échanges avec les habitants. La résidence a pour vocation de contribuer à ouvrir le regard des habitants et des acteurs locaux sur les problématiques contemporaines liées à l’identité et l’attractivité des villes et des territoires. Elle doit également susciter le débat sur la production architecturale, les usages et les modes de vie ainsi que sur les liens entre l’habitat et l’environnement local, qu’il soit urbain, naturel ou agricole.

À l’issue de la résidence, les recherches et propositions sont restituées au grand public lors d’un temps fort alliant la convivialité et la poursuite des échanges.

Territoire d'accueil : le quartier Palente-Orchamps à Beançon
Le quartier Palente est l'un des 14 quartiers de la commune de Besançon située dans le département du Doubs. Ce quartier comptabilise une population d’environ 10000 habitants, soit 9% de la population bisontine. Il est le point d’entrée Est dans la ville.

L'étymologie de « Palente » viendrait du terme latin pa(bu)lantem qui signifie terre à fourrages ou à pâture, et qui serait confirmée par le fait que cette zone était autrefois vouée à la culture céréalière.

Le cœur historique de Palente, dit Palente-Village, est constitué principalement d'anciennes habitations à usage de ferme. Le carrefour entre l'actuel boulevard Blum et la rue de Belfort a accueilli jusqu’au début du XXIe l'Auberge Comtoise connu pour sa salle de bal et fut précédemment relais de diligences mais aussi une halte pour les bûcherons qui approvisionnaient en bois la cité de Besançon depuis la forêt voisine.
Au XIXe siècle, en plus de la redoute et du fort Benoît sur la colline qui le domine, le quartier de Palente accueille un champ de manœuvre dont l'armée reste propriétaire jusqu'en 1951.
La municipalité en fait l’acquisition pour construire rapidement des logements sociaux et répondre à la forte poussée démographique de l'après-guerre. La plupart des immeubles élevés à cet endroit, à l'origine prévus pour subsister une trentaine d'années, existent toujours.
En 1959, l’entreprise horlogère Lip y construit sur 9 hectares sa nouvelle usine ultra-moderne pour les 1100 ouvriers qui fourniront cette année-là 500000 pièces ainsi que 130000 moteurs électriques et autres objets électromécaniques.
Le lycée Pergaud, toujours le plus grand établissement de l’Académie de Besançon, ouvre ses portes en 1964.
En 1965, avec la construction du boulevard Léon Blum, le quartier est coupé en deux.

L’histoire du quartier de Palente est fortement liée à celle de ses habitants, celle de la mémoire ouvrière bisontine et de la grande grève Lip, la plus emblématique de l’après Mai 68. Le rêve et l'utopie y ont été des sujets de vie avec le premier exemple d'autogestion en entreprise et la marche de soutien qui a réuni plus de 100 000 personnes dans la capitale comtoise.

Depuis, quartier prioritaire caractérisé par une fragilisation sociale avec un taux d’emploi faible et un nombre d’allocataires du RSA élevé, plus de la moitié de ses habitants est locataire du parc HLM. Le taux de pauvreté est très élevé, la densité médicale est faible pour une population majoritairement de retraités, une proportion supérieure à la moyenne communale.

Dans le cadre de sa compétence de Politique de la Ville et de renouvellement urbain, Grand Besançon Métropole a missionné en 2022 des bureaux d'études pour la réalisation d'une étude socio-urbaine qui vise à proposer des pistes de réflexion sur le devenir de ce quartier à court, moyen et long terme. Parallèlement, des actions se mettent en route : le bailleur social Néolia commence à démolir certains bâtiments des projets de rénovations émergent, un jardin partagé à vu le jour et un Villagénération vient d’ouvrir ses portes.

La recherche CARAVANE
En 2022 également débute un projet « Société et territoires en transition » soutenu par l’Agence nationale de la recherche, « Lire la ville : co-conception d’un habitat innovant pour personnes âgées vulnérables – CARAVANE », piloté par Aline Chassagne, docteure en sociologie et anthropologie, maîtresse de conférence au CHU de Besançon.

L’objectif est de concevoir des alternatives en termes d’habitat et de nouvelles modalités d’accompagnement des personnes âgées à domicile, enjeu majeur des politiques du logement. Il s’agit de proposer des scénarios de construction et de réhabilitation de logements, à l’échelle d’une ville de grande taille et de trois îlots urbains situés dans des quartiers différents, dont celui de Palente.

Ce défi, au-delà de la transition démographique, revêt un enjeu éthique, une capacité de résilience afin de répondre au mieux aux souhaits du choix de lieu de vie des personnes âgées quelles que soient leurs situations sociales et économiques tout en proposant une démarche respectueuse de l’environnement. Ce travail pourrait créer un précédent sur ce territoire et être transposable dans d'autres environnements, dans le cadre de projets d’urbanisme et d’architecture à venir.

Ce projet de recherche sur la question du lieu de vie et de son adaptation aux vulnérabilités relatives à l’avancée en âge, nouveau défi urbain et sociétal, s’appuie sur une dynamique interdisciplinaire, sur la complémentarité de méthodes quantitatives et qualitatives et sur une forte participation citoyenne, des personnes âgées, des aidants. La Maison de l’Architecture de Franche-Comté est, avec différents pôles de recherche et laboratoires de l’Université de Franche-Comté et de l’Université de Technologie de Belfort-Montbéliard, avec Hôp Hop Hop, Néolia et le CHU, partenaire de cette étude en portant une résidence d’architecture.

Le cahier des charges : objectifs et enjeux
Les objectifs de la résidence mise en place par la Maison de l’Architecture de Franche-Comté s'intègrent dans la première étape de recherche du projet CARAVANE.

En écho aux diagnostics, entretiens et cartes sensibles réalisés par les autres membres du groupement de recherche et notamment par le collectif Hôp Hop Hop, le binôme architecte-vidéaste lauréat de la résidence d’Architecture portée par la Maison de l’Architecture de Franche-Comté questionnera la thématique de l'espace commun :
• Espace commun, celui du logement, celui où se croisent les intervenants qui accompagnent la personne âgée à partir d'une certaine dépendance, celui de la cohabitation.
• Espace commun, celui de l'immeuble, du quartier, où les vies, les âges et les usages se mêlent.
• Espace commun, celui sociétal, où la vieillesse appartient au vécu de chacun, la vieillesse, qui est au départ celle de l'autre puis la nôtre.

Le cœur d'intervention des résidents sera de caractériser cette notion de commun par 3 niveaux d'approche :
• À l'échelle du quartier, des espaces seront privilégiés (jardins, squares, parvis...) pour leur aptitude à servir la thématique d'étude. Ils seront caractérisés dans leur dimension architecturale et paysagère mais aussi sociale et structurelle.
• À l'échelle de la rue, les résidents identifieront des lieux : associations, marchés, commerces... ou objets particuliers (mobilier urbain...).
• Enfin, à l'échelle d'un/des bâtiment/s, il s'agira de retenir des pièces, locaux, étages, toits, ou de définir des principes d'utilisation qui pourraient bénéficier à une réflexion sur les communautés de fonctionnement.

Sur la base de ces 3 échelles, il s'agira de proposer, d'esquisser, des intentions de projet, portant sur les usages, le fonctionnement, la qualification architecturale et paysagère ou les modes de programmation urbaine, au service du "commun" dans l'espace et dans le temps.

Les scénarios réfléchis permettront des moments de débats et d'échanges auprès de la population qui doivent ouvrir le champ des possibles dans un contexte de projet de recherche.

Le travail de restitution combinera carnet de recherche, d’intentions, de dessins à main levée et vidéo. La vidéo sera vue comme un moyen sensible de faire ressentir cette notion de commun, à travers les espaces mais aussi les gens.

Lauréats
Seront accueillis en résidence un architecte diplômé d’État mandataire : Bastien Bourgeais, accompagné d’un vidéaste : Corentin Vaillant.
Le choix d’associer un professionnel de l’audiovisuel à un architecte s’énonce comme une évidence, un écho aux travaux de Christ Marker, aux groupes Medvekine qui ont créé une expérience sociale avec des réalisateurs et techniciens du cinéma militant entre 1967 et 1974 en association avec des ouvriers de la région, ceux de Lip mais aussi ceux de la Rhodiaceta, de Kelton-Timex, de Peugeot, d’Augé Découpage, de la Biscuiterie Buhler, pour que l’image soit la trace documentaire, l’archive, et une œuvre.

L’équipe est retenue pour :
• Sa réelle capacité à travailler en binôme, donc sa capacité à réfléchir d'une façon transversale,
• Sa force créative et sa propension à « changer le monde »,
• Sa capacité à aller à la rencontre de la population et à interagir,
• Sa proposition de méthode au service de l''utopie, de l'innovation, et pourquoi pas son militantisme et sa capacité à transgresser les ordres établis...
• La qualité de son expression comme porteuse de débats à venir et d'engagements citoyens.

Originaire d'une petite commune du Maine et Loire, Bastien Bourgeais est diplômé en Architecture de l'ENSA Nantes en 2002. Initié à l'architecture, la sociologie et l'urbanisme il construit son parcours avec comme boussole ces trois axes de réflexion et oriente sa pratique professionnelle en recherchant la pluridisciplinarité avec les usagers et usagères. Il intègre le CERUR, le centre d'étude et de recherche urbaine et rurale, bureau d'étude en programmation architecturale et urbaine et se forme au métier de programmiste en développant des compétences en montage de projets urbains, écritures de programmes et animations d'ateliers de conception architecturale et urbaine.

Originaire du quartier Bellevue de Redon, petite ville de Bretagne, Corentin Vaillant est réalisateur, cadreur, monteur et photographe à Nantes. Passionné de musique, particulièrement de rap, il a déjà réalisé de nombreux clip mais aussi des documentaires et des interview filmées. Il prend part à plusieurs collectifs de création et de promotion nantais, dont une majorité en lien avec le monde du hip-hop. Fort de son expérience en tant qu'ASH en EHPAD et de son vécu en cité avec sa grand-mère, Corentin Vaillant a pris conscience des réalités et des problématiques au cœur de la Résidence.

Leur projet pour Palente dépeint un cheminement de pensée, une réflexion sociale sur les vulnérabilités et ses bienfaits pour la vie de quartier. Ils sont convaincus que ce n'est pas en sortant de la vie active que nous sortons de la vie de la cité, dans son sens large. L'expérience, le temps, les relations sont les piliers de la sociabilité d'un quartier. Les comprendre, les révéler et les mettre en valeur sera leur objectif.

Le calendrier

  • La Résidence se tiendra sur une période continue de 5 semaines du 30 mai 2023 au 30 juin 2033 avec une restitution à l’automne.

Partenariats
La résidence d’architecture Living Lab CARAVANE est portée par la Maison de l’Architecture de Franche-Comté.
Nos partenaires financiers pour cette action sont :
• la Direction Régionale des affaires culturelles de Bourgogne-Franche-Comté
• l’Agence nationale de la recherche
• l’Ordre des architectes de Bourgogne-Franche-Comté

Le groupe de Chercheurs-Concepteurs de la recherche ANR CARAVANE est composé de :
Aline Chassagne, maître de conférence Sciences infirmières UFC ; Hélène Trimaille, Thèse ED ES UFC ; Camille Ravat, Infirmier en Pratique avancée UFC ; Régis Aubry, médecin chef du département douleurs - soins palliatifs CHU ; Alexandre Moine, géographe, UFC, Théma Justine Grosperrin, socio-anthropologue CHU Besançon ; Valérie Chartier, architecte, Maison de l’Architecture de Franche-Comté ; Lucile Anderson, urbaniste Hôp Hop Hop ; Marie-Catherine Ehlinger, représentant usagers France Asso Santé ; Juliette Duraffourg, Pôle de Gérontologie et d'Innovation BFC ; Yoshimasa Sagawa, maître de conférence Kinésithérapie UFC ; Peggy Arnaud, Maison des Séniors Mairie de Besançon ; Léontine Perrey et Geoffroy Antonietti, Néolia ; Maxime Larique, Lucien Seichepine et Jeanne-Cécile Jaulmes, ingénieurs Ergonome UTBM, ELLIADD-ERCOS ; les élus de quartiers, Mairie de Besançon et les habitants des quartiers Palente-Orchamps, Planoise et centre ancien.