L’architecte ne mord (presque) pas #2

Fruit d’une collaboration entre l’Ordre des architectes, la Direction régionale des affaires culturelles et le Réseau Architecture de Bourgogne-Franche-Comté avec le collectif Commune et Kobalt Studio, l’exposition itinérante L’architecte ne mord (presque) pas poursuit son exploration des architectures du quotidien à travers un deuxième volet enrichi de deux nouveaux projets.
À travers des données graphiques, des récits filmés et des témoignages croisés, l’exposition met en lumière le choix de faire appel à un architecte dans l’imagination et la construction de son chez-soi. Elle donne à voir des démarches concrètes, ancrées dans les réalités du territoire de la région, où le projet architectural naît du dialogue entre habitants et professionnels.
Ce second volet approfondit la réflexion sur les relations fécondes entre architectes et commanditaires : des relations fondées sur l’écoute, la confiance et la co-construction, au fil desquelles se dessinent des lieux de vie singuliers, adaptés aux usages, aux envies et aux contextes locaux. L’exposition défend une architecture accessible, attentive, portée par des architectes de proximité.
La scénographie prolonge cette intention en jouant avec les codes de la domesticité. Elle invite le visiteur à entrer symboliquement dans la « maison du projet », à découvrir les étapes de sa conception et à mieux comprendre les choix qui ont façonné chaque réalisation.
Enfin, ce parcours est complété par une série d’interviews vidéo, accessibles en ligne, donnant la parole aux habitants et aux architectes engagés dans ces projets. Autant de récits sensibles qui témoignent de la richesse du dialogue entre ceux qui habitent et ceux qui conçoivent.

Maison à Beaune (21)
Maîtrise d’ouvrage : Anne-Catherine et Yves
Maîtrise d’œuvre : Sarah Markert, architecte
Cette maison individuelle se situe à Beaune en Côte-d’Or, dans un quartier pavillonnaire proche du centre historique. La parcelle originelle comprenait un clos arboré délimité par un mur en pierre de Bourgogne couvert en lauze, morphologie témoignant du patrimoine viticole de la région.
L’enjeu du projet était de construire un bâtiment compact, de faible emprise au sol, permettant ainsi de conserver le clos historique et les arbres existants.
Le projet s’intègre dans son environnement en réinterprétant l’architecture traditionnelle locale. La maison est un simple volume couvert d’une toiture à deux pans sans débords ni gouttières, reprenant le modèle de la maison bourguignonne. L’utilisation de tuiles (tuiles de terre cuite plates de teinte chevreuse nuancée) en façades et en toiture fait écho au patrimoine de la région, rappelant aussi bien les tuiles vernissées des édifices prestigieux que les simples tuiles de terre cuite plates des constructions vernaculaires. En plus d’assurer une unité de matérialité et une lecture claire de la volumétrie du projet, ces tuiles servent de protection aux parois.
La maison est entièrement construite en ossature bois. Le plancher de l’étage et la charpente traditionnelle sont laissés visibles en intérieur.
Au rez-de-chaussée se trouve un grand espace de vie avec une cuisine ouverte donnant sur le jardin. A l’arrière, le client souhaitait une salle de répétition traitée acoustiquement pour accueillir un piano. A l’étage se trouve la salle de bain ainsi que trois chambres et une salle multimédia.
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La maison de Saizerey (21)
Maîtrise d’ouvrage : privée
Maîtrise d’œuvre : Atelier de Montbard
La maison se situe à Saizerey, hameau de Missery en Côte-d’Or. Il s’agit d’une maison secondaire rénovée en plusieurs tranches.
Le projet transforme la partie grange en logement qui occupe les deux tiers est du bâtiment. Cette ancienne grange est aveugle et semi-enterrée dans la déclivité du terrain. Le programme prévoit un studio indépendant pour des invités, une grande pièce chambre-bureau et un sauna.
Le projet a été réfléchi comme un « espace dans l’espace » jouant avec les vides et les pleins. Cette boîte n’occupe pas l’intégralité de l’immense volume de la grange. Les volumes à chauffer sont ainsi limités. La boîte enjambe un salon d’été intérieur et se déploie en pont dans le volume ancien. Sur son toit, un grand espace libre – dortoir, espace de jeux – s’ouvre dans les combles, sous la vieille charpente. Profitant de la déclivité du terrain, l’organisation intérieure permet d’ouvrir l’espace de l’étage en grand sur le jardin. La maison se déploie ainsi sur deux niveaux totalement connectés à leur environnement et grands ouverts sur le paysage. Un « engawa » – espace de seuil abrité prolongeant la maison sur l’extérieur – est créé en « creusant » le volume existant. Tout un pan de mur de façade est démoli pour laisser place à un grand vide cadrant la vue sur le paysage du jardin.
La frontière entre espace intérieur et extérieur est volontairement floutée : les menuiseries extérieures sont dissimulées dans les épaisseurs d’habillages afin de ne laisser paraître que le vitrage. Le sol intérieur se déploie en longueur pour devenir terrasse suspendue, ponton s’élançant dans le jardin.
Le projet est entièrement construit en ossature bois. Les matériaux utilisés sont bio-sourcés. L’isolation thermique – très performante – est en laine de bois. Les revêtements des sols, murs et plafonds, sont en épicéa brut non raboté issu des forêts de la région. Ils créent une ambiance chaleureuse et naturelle.

Maison C à Morre (25)
Maîtrise d’ouvrage : privée
Maîtrise d’œuvre : AS Architecture A.Scaranello
Ce projet de maison individuelle est situé sur la commune de Morre, dans le département du Doubs, au centre d’une parcelle en lisière de forêt. Le terrain, caractérisé par sa pente et son ouverture sur le paysage, a rapidement orienté la conception du projet.
L’enjeu a été de tirer parti de ce relief pour proposer une architecture ancrée dans le site. Ainsi, la maison s’organise autour de deux plateaux décalés qui suivent la pente. Ce jeu de niveaux permet non seulement d’épouser au plus près les courbes naturelles du terrain, mais aussi d’offrir une ouverture vers le paysage depuis l’intérieur.
Le vide central de la construction permet ainsi au paysage de « traverser » la maison, grâce à deux baies vitrées opposées.
L’organisation intérieure s’articule autour d’un foyer central, seule source de chaleur de la maison. Cette disposition fait écho à l’architecture traditionnelle des fermes du Haut-Doubs, où la cheminée structurait à la fois l’espace et les usages.
La simplicité du volume, couvert d’une toiture à deux pans, correspond à l’archétype de la maison individuelle et s’inscrit avec discrétion dans le paysage rural de la commune.

Grange à Foncine (39)
Maîtrise d’ouvrage : Didier et Ty
Maîtrise d’œuvre : Antoine Devaux et Vinh Linh
La demande originelle consiste à étendre le logement existant sur l’espace de grange donnant sur la rue avec une vue imprenable : un petit lac glaciaire, témoin de l’histoire géologique du Jura.
Face à ce paysage exceptionnel, un jardin d’hiver est ménagé entre l’espace d’habitation et le paysage. Un grand mur-rideau est érigé contre une ossature bois rapportée, les fenêtres sont judicieusement placées sur la toiture, tandis que la porte de grange est remplacée par un grand châssis fixe posé en applique intérieure. Depuis la rue, ses montants s’effacent et laissent la place au reflet du lac sur la grande plaque de verre. De l’intérieur, c’est un tableau qui coulisse au gré des saisons.
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Maison d’Amédée à Chariez (70)
Maîtrise d’ouvrage : privée
Maîtrise d’œuvre : Pierre Gérard-Bendelé
Le projet consiste en la réhabilitation d’une maison rurale au coeur du village de Chariez, en Haute-Saône. Le village, ancien vignoble et aujourd’hui Site Patrimonial Remarquable (SPR), est inséré au creux d’une reculée, surplombé par les falaises d’un plateau calcaire.
Au commencement du projet, la propriété était constituée d’une maison et de son jardin, d’une ancienne chapelle du XVIIe siècle transformée en grange, et de bâtiments interstitiels partiellement ruinés (garage, appentis…), avec un grand verger à l’arrière. Les bâtiments étant construits sur un coteau, les niveaux diffèrent entre eux.
Outre une réhabilitation d’ensemble, le souhait des propriétaires était de pouvoir étendre la surface habitable tout en conservant une nature rurale à la maison, en contexte patrimonial. Afin de rassembler l’ensemble des lieux distincts (différents niveaux des bâtiments, de la rue, du jardin et du verger), un grand escalier a été conçu au centre du projet. Cette nouvelle distribution rayonnante a permis de gagner un volume de chambres dans la grange, donnant sur le verger. Ce volume, extension intérieure limitée, conserve la lecture du grand espace intérieur non chauffé de la grange, abritant atelier et fonctions utilitaires. Dans la maison, de nouveaux passages et percements ont mis en lumière les espaces de vie commune, composés en regard du jardin. La distribution des pièces a été repensée, des transitions particulières entre les différents espaces ont été conçues, ainsi qu’un ensemble de mobilier intégré et dessiné sur mesure.
L’isolation des parties habitées a été réalisée avec des matériaux biosourcés. Des enduits chaux-chanvre ont été appliqués côté intérieur, épousant les légères irrégularités des murs. Les planchers et les façades en ossature bois ont quant à eux été garnis de laine de bois. Les sols d’origine ont été restaurés dans la mesure du possible (parquets poncés et huilés, solivages renforcés), certaines fenêtres anciennes ont été conservées avec l’apport de doubles fenêtres intérieures. Pour les parties nouvellement construites, les pierres issues de démolitions ont été réutilisées (moellons), des éléments en pierre de taille extrait d’une carrière voisine, les ossatures et planchers en sapin du Jura. Les bardages extérieurs ont été réalisés en mélèze, naturellement imputrescible. A l’intérieur, l’escalier principal à cinq volées a été conçu en acier thermolaqué et en chêne.

Sur-élévation d’une grange à Igé (71)
Maîtrise d’ouvrage : privée
Maîtrise d’œuvre : Ejo coopérative
L’intervention prend place dans les combles d’une longère bourguignonne situe dans la commune d’Igé en Saône-et-Loire. La bâtisse, construite en pierre de pays aux teintes ocre et beige, est à flanc de coteau et domine des parcelles de vigne.
Le bâtiment a déjà été surélevé par le passé. Il se compose de deux entités : la partie basse et la partie haute, communiquant entre elles.
Dans le corps de bâtiment le plus bas, se trouvent en rez-de-chaussée une grange-atelier et un salon ; à l’étage, deux chambres et l’espace pour l’aménagement ultérieur d’une salle de bain.
La partie haute de la maison est composée au rez-de-chaussée d’une entrée, d’un sanitaire, d’une salle de bain et de la cuisine – salle à manger. À l’étage, se trouvent deux chambres, un sanitaire et une douche. Dans les combles, seule une mezzanine est aménagée. La maîtrise d’ouvrage désire faire de cette résidence secondaire un lieu familial, agréable et apaisant.
Les propriétaires souhaitaient transformer ces combles en un grand dortoir. Pour réaliser ces travaux, la dépose de la couverture et de la charpente a été nécessaire. Pour les remplacer, ce sont des caissons bois, isolés en laine de bois et fabriqués sur mesure qui ont été mis en oeuvre. En matière de finition, ce sont des panneaux d’épicéa “trois plis“ qui ont été choisis pour recouvrir les murs, le plafond, et réaliser les rangements. Cette prédominance du bois, couplée à un sol souple aux teintes vert-de-gris, créée une ambiance chaleureuse, feutrée et douce.
Enfin, une attention particulière a été portée à la création de deux ouvertures, cadrant la vue sur les collines boisées environnantes. L’espace, constitué de deux pièces en enfilade, devient alors une sorte de refuge, de terrain de jeu pour les jeunes occupants.

Remerciements
Architectes
Sarah Markert, Antoine Devaux et Vinh Linh, Ejo Coopérative, L’Atelier de Montbard, AAS Architectures A.Scaranello, Pierre Gérard-Bendelé | Scénographie et graphisme Commune – atelier d’architecture | Reportages vidéos Kobalt studio | Production CROA BFC et DRAC BFC